Surf - Aboubakar Bouaouda, le surf comme salut

Portrait d'un jeune marocain pour qui la vie n'a pas toujours souri, mais qui a trouvé en l'océan et la pratique du surf un refuge.

- @oceansurfreport -
©Camille Le Saux

Disparition et révélation

Aboubakar a perdu sa mère, vaincue par la maladie, puis son père alors qu'il n'avait que quatre ans. Un âge où la seule préoccupation d'un enfant devrait être de découvrir la vie, son parfum d'innocence et d'insouciance. Privé de sa précieuse boussole, le garçon de Dar Bouazza, couvé par sa tante, ses frères et sœurs, se réfère à l'horizon et va toujours plus à l'ouest, dénichant un havre de paix dans les vagues de la province de Nouaceur. Son havre de paix"Ce manque que j'éprouvais après la disparition de mes parents, je le trouvais là-bas. J'y descendais tous les jours", raconte le Marocain. Même heure, même endroit. Sa maison, dressée face à la plage, offre un accès privilégié à l'océan. C'est donc à Casablanca, au nord du territoire marocain, qu'il fera ses premiers pas sur une planche, à l'âge de cinq ans. Il comprend dès lors que son existence sera faite de l'écume de ses rêves, et que le surf fera partie intégrante de sa vie.

Conditions et émancipation

À 7 ans, "Boubker" abandonne l'école. Il rencontre Lahcen, propriétaire de l'école de surf Glisse School, qui jouera le rôle de guide. La structure imposera une seule condition au surfeur marocain : qu'il ne tire pas un trait sur son cursus scolaire. Aboubakar s'y tient car la punition - Lahcen le menace de le priver de sa planche - est trop radicale pour un môme qui n'a que le surf en tête. C'est également à cette occasion qu'il découvre la compétition, mais ce nouvel environnement impose ses codes et "Bob" a du mal à s'y conformer. "Je faisais n'importe quoi en partant sur toutes les vagues qui passaient. Mes scores ne dépassait pas les deux points ! (rires)". Si l'aspect concurrentiel des Grom Search, Kings of the Groms et autres contests constituant les premières expériences d'Aboubakar en compétition lui permettent de progresser et mettre le doigt sur ses défauts, le gamin de Casablanca voit bien au-delà : "Le surf ça représente beaucoup plus que ça pour moi. C'est mes parents." 

Nouvelle saison, nouvelles ambitions

L'année 2019 a permis au Marocain de se faire un nom. À Zarautz, il s'empare de la 5e place, écartant au passage le leader au général du QS Jorgann Couzinet. Au Sénégal, il se hisse en finale, mais voit sa longue épopée stoppée par un Tim Bisso alors intouchable. C'est en perdant qu'on apprend, c'est lui qui le dit. L'une de ses sources d'inspiration, c'est Ramzi Boukhiam, avec qu'il surfe à Dar Bouazza et à Jack Beach quand ils rentrent tous les deux au pays. "Ramzi a un surf de CT, c'est sûr". Sur le QS, l'argent est le nerf de la guerre et au Maroc, "Boubker" estime que la fin viendra avec les moyens : "Quand des sponsors te suivent, tu avances. Tu perfectionnes tes entraînements, tu améliores tes planches... Tout cela ça participe à ta progression."


Comme une instant de communion

La conversation touche à sa fin. Assis sur un banc du remblai des Sables d'Or, Aboubakar pointe une énième fois son regard vers la plage du Club à Anglet, où quelques lignes émergent et se hâtent vers le rivage. Il enfile sa combinaison, prend le chemin du bord de mer, répète deux-trois mouvements d'échauffement et file au pic. Son sourire en dit long. Là-bas, on veille sur lui.

   
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