Surf - Récit : le voyage initiatique de Tao Compagnon aux Mentawaï

Le jeune landais raconte son trip d'un mois sur l'archipel indonésien, placé sous le signe du progrès technique et la confiance en soi.

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Il existe deux façons de réagir face à un coup de pression : paniquer où jouer de sérénité. Visiblement, Tao Compagnon a opté pour la seconde option. Et afficher une telle assurance à l'âge de 10 ans dépasse l'entendement du commun des mortels. "Nous surfions à Lance's Left en alaia", raconte Tao. "Et quand on est rentré à l'eau, les vagues n'étaient pas si grosses."  Mais la puissance de l'océan gagne en intensité et les séries gonflent à mesure que le temps passe. "Quand je suis parti sur une vague, je sentais qu'il y avait beaucoup plus de vitesse. Et quand je revenais vers la mousse, je la trouvais beaucoup plus grosse", relate le jeune landais. "Comme ce n'était pas trop gros à notre entrée à l'eau, je n'avais pas mis de gilet. Mais sur une bombe, j'ai fait un tout droit et je me suis fait éclater."

Des fois ça passe. Des fois ça casse.

Rémi Arauzo, présent sur le bateau, se souvient : "Moi j'ai l'habitude de le voir bouffer, mais les Brésiliens sur le bateau ont complètement halluciné !" Si le fils aîné de Fred Compagnon ramasse toute la série durant, il ne s'alarme pas et regagne tranquillement le chenal. "Le dinghy (petite embarcation, n.d.l.r.) est venu me chercher, puis j'ai mis un gilet et j'y suis retourné."

Comme un poisson dans l'eau.
Ce sang-froid et cette témérité, c'est le fruit d'une riche expérience acquise sur le terrain, entre ses homebreaks, le Maroc et l'Indonésie, où le gamin qui a grandi dans le sud des Landes a suivi les traces de ses parents. En août dernier, alors que la petite famille a mis les voiles pour gagner l'archipel des Mentawaï au large de la côte ouest de Sumatra, Tao a pu mettre à exécution son sens de l'observation, et s'en servir pour quitter sa zone de confort. Pendant plus d'un mois passé entre le bateau Addiction et le Surf Camp de Losmen Ombak, les Compagnon ont ainsi parcouru les spots qui peuplent l'île de Sipora et pu voir bien au-delà.

En Indonésie, Tao a croisé le chemin de Kyllian Guérin et Noa Dupouy.
Varier les plaisirs

HT's, Telescope, Macaronis, Thunders, Lance's Right et Lance's Left, Cobra... Tao Compagnon en a pris plein les yeux. "J'ai bien aimé Thunders car il y avait beaucoup de poissons au fond. Puis Lance's Left quand c'était gros et Cobra quand c'était petit, qui est un bowl incroyable", se remémore le jeune garçon à la tignasse blonde. Le but : diversifier les spots et évoluer sur différents supports, à savoir l'alaia, le shortboard et le bodyboard.

Le smile en toute circonstances.
Avec une mention spéciale pour la première des trois planches et la technique de Duotao initiée par son père en 2008, qui a permis au Landais de repousser ses limites. "En petite planche, on saute beaucoup avec le clapot et ça devient compliqué à partir d'une certaine taille", raconte-t-il. "En alaia, ça glisse beaucoup mieux et je n'aurais pas pu prendre des vagues pareilles en shortboard. En alaia, ça va tellement vite que je me sentais plus à l'aise." 

Un véritable déclic

"Il a fait d'énormes progrès là-bas, notamment sur l'aspect de la confiance en soi sur des vagues dangereuses. Au départ, il savait qu'il ne fallait pas faire d'erreur et il était forcément tendu. Mais au fil des jours, il s'est débridé", argumente Fred. Une progression qui s'est également reflété dans sa technique, notamment au niveau de son placement, de ses appuis et des manœuvres. "Je commence à faire des floaters, des carves... Et j'arrive à pousser plus d'eau dans mes turns, ce qui n'était pas le cas avant."

Le regard droit, les genoux fléchis et les épaules ouvertes.
Finalement, voir Tao afficher une telle patience dans des conditions si solides n'est pas vraiment une surprise. Mais plutôt une sorte d'évolution naturelle de ses connaissances de l'océan, son analyse de terrain et son niveau de surf, pour celui qui a réalisé son premier take-off à l'âge de deux ans. En Indonésie, le Landais a eu l'occasion de nager dans les vagues avec la seule assistance de ses palmes. "Pour la confiance en soi, c'est important. Cela apprend à se mettre volontairement à l'impact, jouer avec les séries et se sentir à l'aise à l'eau", explique Fred.

La technique du barrel backside, presque une formalité.
Même impression du côté de Tao : "Il y avait des sessions à 1m50 où j'étais un peu effrayé. Mais j'ai appris à bouffer, et j'ai compris que c'était moins puissant que ce que je pensais, que les risques étaient moins importants que dans ma tête. Le reef là-bas, c'est du rasoir. On avait un pote qu'on appelait 'charcuterie', car son dos c'était une vraie boucherie !" Cas concret : à HT's, Tao part sur la gauche à fleur de reef. Alors qu'il essaye de se caler dans le tube, le lip lui heurte le visage. "C'est le pire endroit pour prendre un wipeout", lui lance son père. Tao sourit : "Après ça, je me suis dit que ça n'était finalement pas si terrible."

Témoin privilégié

Un tour à l'aquarium.
L'île des Mentawaï est en constante évolution, tant au sujet de la faune que la flore. Il y a quatre ans, un énorme swell a frappé l'archipel indonésien, bouleversant l'ensemble de l'écosystème. "C'était une conjonction de tout un tas de choses, une houle historique, de gros coefficients de marée renforcés par un vent onshore consistant. Tao a vu la résultante de ça", lance Fred. La résultante, c'est la destruction partielle du corail. "Le reef était détruit. Quand j'étais petit avec ma mère et qu'on allait nager à Lance's Right, le fond était rempli de corail. Depuis la tempête, tout a été détruit et je n'ai même pas reconnu l'endroit", témoigne Tao.

         
Mots clés : tao compagnon, fred compagnon, mentawaï, indonésie, voyage | Ce contenu a été lu 5985 fois.
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