Surf - Benjamin Dutreux : ''Le surf me permet de m'évader et penser à autre chose''

À une semaine du départ du Vendée Globe, le skipper d'OMIA-Water Family se confie sur sa passion pour le surf.

- @oceansurfreport -
©OMIA-Water Family

"D'accord pour l'interview, mais je suis un petit surfeur !" Depuis le village du Vendée Globe aux Sables-d'Olonne, c'est par ces mots que Benjamin Dutreux amorcera la conversation avant de répondre à nos questions, à quelques jours du Grand départ de la neuvième édition de la seule course à la voile autour du monde, en solitaire, sans escale et sans assistance. À trente ans, dont dix-sept passés sur l'eau, le skipper et entrepreneur né à Villeneuve d'Ascq, dans le Nord de la France, s'apprête à relever un nouveau défi, à l'audace démesurée et à la résonance particulière.

Malgré son jeune âge, celui qui a fait ses classes sur le circuit Figaro, un des plus exigeants en matière de performance, a dû faire preuve de courage et d'abnégation pour faire partie de 33 marins qui prendront le départ de "l'Everest des Mers", le 8 novembre prochain à 13h02 précises. D'abord à cause de la défection de son sponsor principal, trop affecté par la crise économique liée au coronavirus, en novembre dernier. Le Sablais s'est alors battu afin de retrouver des partenaires, pour lui-même et pour le projet qu'il porte : la Water Family, une association qui a pour mission d'éduquer à la protection l'eau, de la santé et de la planète.

Si on a sollicité Benjamin, ce n'est pas pour parler des subtilités de son Imoca OMIA-Water Family long de 18 mètres et 28 centimètres. Ni pour s'étendre sur les mutations architecturales des monocoques du Vendée depuis la victoire de Titouan Lamazou dans la nuit du 15 au 16 mars 1990. Mais pour évoquer sa passion du surf, pratique pour laquelle il s'adonne depuis ses années lycée.

Surf-Report : Nous sommes à quelques jours (J-18 au moment de l'interview) du Grand départ du Vendée Globe. Dans quel état d'esprit abordes-tu cette dernière ligne droite ?

Benjamin Dutreux : Un super état d'esprit. Avec la Water Family, on a un stand qui fonctionne bien sur le village auprès du public (Ewen Le Goff, membre de Lost in The Swell investi au sein de la Water Family, entre dans le local). Là on va peut-être aller surfer d'ailleurs, il y a des petites vagues qui rentrent (il rigole et reprend). Il faut savoir que c'est un gros travail collectif avant d'être une course en solitaire. On est dans les starting-blocks, le bateau est prêt, on a hâte d'y aller.

D'où vient ton rapport au surf ?

Je suis originaire du Nord de la France mais j'ai grandi à l'île d'Yeu (au large des côtes vendéennes, n.d.l.r). Il n'y avait pas de lycée sur l'île, j'étais interne en section "voile" dans un établissement des Sables-d'Olonne (Vendée). Il y avait également une section "surf" et je partageais ma chambre avec des surfeurs. Je les ai emmené faire du bateau et eux m'ont fait découvrir le surf. Mais à l'époque j'y allais occasionnellement. Depuis quelques années, j'habite aux Sables-d'Olonne et je vais à l'eau plus régulièrement.

Tu vas passer entre deux et trois mois autour du monde, à bord de l'Imoca OMIA-Water Family. Est-ce le surf va te manquer ?

Tu rigoles ! Dans les mers du Sud, je vais faire prendre des longues vagues sur un surf de 18m (la taille de son Imoca, n.d.l.r). Je sais pas si ça va me manquer car j'aurai l'esprit occupé à autre chose. Mais ça me donnera peut-être envie de découvrir d'autres spots dans le monde.

La notion de glisse est prédominante, en surf comme en voile. Peut-on établir, en termes de sensation, un parallèle entre l'action de prendre une vague et celle de naviguer à une vitesse élevée sur un Imoca ?

C'est surtout la notion d'accélération dans l'ondulation, qui présente en surf comme en voile. Même si elle est différente, on retrouve des sensations assez similaires. Là, je viens de faire un peu de météorologie, il y a des vagues de 6m à 7m dans les mers du Sud. Certes on est aidé par le vent, mais quand même. Les sensations, elles seront là.

L'Imoca OMIA-Water Family.

Quel est ton premier souvenir à l'eau ?

Je me rappelle surtout avoir passé plus de temps sous la planche que dessus (il rigole à nouveau). Les gars m'avaient envoyé sur un spot un peu engagé et ce n'était pas facile. Mais j'avais bien aimé ça. Et ça m'avait donné envie d'y retourner.

Ces derniers temps, tu n'as pas été épargné par les difficultés, notamment celle de trouver un sponsor in extremis. Le surf permet-il de penser à autre chose ?

Complètement, on sort de son monde habituel. Ça aide à prendre du recul et ça permet, de retour au travail, de rester concentré sur ses objectifs. C'est important d'avoir des moments pour s'évader, le mien c'est d'aller à l'eau.

Dans une interview donnée à IMOCA Globe Series, tu te définis comme quelqu'un de râleur. Es-tu pareil à l'eau ?

Pas du tout, à l'eau je suis grave détendu ! J'ai aucun stress, le surf c'est un moment de détente, entre potes. J'ai toujours un côté râleur, si je galère ou que je ne prends pas de vague. Mais quand je vais à l'eau, c'est pour ne pas me prendre la tête. Quand on préparait le Vendée, on se retrouvait avec l'équipe technique, c'était notre moment de convivialité.

Avant le Grand départ, tu as testé ton bateau entre Biarritz et Lorient avec les surfeurs Damien Castera et Mathieu Crepel ainsi qu'Ewen Le Goff et Aurel Jacob de Lost in the Swell. Comment ça s'est passé ?

Ça s'est super bien passé. Les surfeurs s'acclimatent rapidement sur un bateau, même s'ils dorment beaucoup (il rigole). C'était une belle expérience pour eux aussi de découvrir l'Imoca, passer quelques jours et quelques nuits à bord. Il y a un bon état d'esprit dans le surf. Récemment sur le Vendée Gliss Event (un événement glisse à Saint-Jean-de-Monts, n.d.l.r), j'ai rencontré Tristan Guilbaud que je ne connaissais pas trop avant. Et ça devient un bon pote !

Considérez-vous que, surfeurs et skippers, faites partie d'une même famille ?

Marin ou surfeur, on a la même humilité d'évoluer dans un élément naturel qui est l'océan. Quand tu surfes, tu ne dois pas dominer pas la vague mais faire corps avec, et c'est un peu pareil sur un bateau. Ça c'est un bon parallèle, c'est peut-être pour ça qu'on s'entend bien.

Benjamin.

Vous êtes de nombreux skippers à surfer. François Gabart, Éric Péron, Sébastien Simon...

(Il coupe) Maxime Sorel (skipper de V&B-Mayenne pour le Vendée Globe 2020) aussi ! Il y a pas mal de marins qui surfent, et certains surfent même très bien. Quand j'étais sur le circuit Figaro, avant les courses, je retrouvais pas mal de skippers à l'eau. Même des plus connus comme Yann Eliès. Quand j'ai commencé la course au large, j'étais assez étonné de le croiser à l'eau.

Avec la Water Family, vous souhaitez sensibiliser les enfants sur l'importance de l'eau pour notre environnement et notre santé. C'est quelque chose qui te tiens à coeur ?

C'est un super projet en parallèle : sensibiliser sur la protection de l'eau qui n'est pas une ressource inépuisable. Nous en fait, sur un bateau, on a un mode de consommation très minimaliste car l'énergie, c'est du poids. On se limite au maximum et quand on revient à nos modes de consommations habituels, je ne dirais pas qu'on est choqué mais presque... Je trouvais que c'était un engagement important. Et puis à la Water Family, il n'y a que des gens passionnées, des sportifs, avec un message à faire passer.

Un message qui n'en sera que plus fort au bout du chemin...

Carrément.

Photos : ©OMIA-Water Family     

        
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