Matos - Néoprène : quelles solutions pour recycler nos combinaisons ?

Parmi de multiples options, Soöruz travaille à la réutilisation des matériaux à plus grande échelle.

- @oceansurfreport -
Austin Neill

Il est paradoxal que nos combinaisons nous permettent d'être immergés le plus longtemps possible dans l'océan afin de profiter de sa beauté et qu'elle soit en même temps en partie responsable de sa pollution. Un plaisir immédiat qui participe à sa destruction future (voire présente).

Le problème du néoprène

Aujourd'hui, la majorité des combinaisons sont composées de néoprène. Ce composant a l'avantage de garantir souplesse, isolation thermique et résistance aux usures des combinaisons. Problème : le néoprène est un caoutchouc synthétique, obtenu à partir de matières premières polluantes, principalement de pétrole et calcaire mais aussi de dérivés plastiques.

Ces composants ont plusieurs impacts négatifs sur l'environnement. Ce sont des ressources non renouvelables et non dégradables, leur extraction (forage pour le pétrole, mines pour le calcaire) et leur transformation provoquent des émissions de carbone importantes et la transformation du calcaire nécessite une forte consommation énergétique. Bien que le calcaire soit moins polluant que le pétrole, les deux procédés restent particulièrement polluants. Autrement dit, rien de bien joyeux pour l'environnement. D'autant plus qu'au néoprène s'ajoute du polyester, également un dérivé de pétrole, pour les doublures externes comme internes, ainsi que de la colle à base de solvants.


Des alternatives au néoprène disponibles

Il existe plusieurs alternatives au néoprène. Certaines marques travaillent à l'élaboration de composants davantage éco-responsables. C'est par exemple le cas de Patagonia qui associée à Yulex a été la première a avoir recours au caoutchouc naturel. Malheureusement, déjà fortement utilisé par l'entreprise pneumatique, sa production est fréquemment associée à la déforestation. Pour que votre démarche soit entièrement éco-responsable, il vous faut vérifier que le caoutchouc naturel de votre combinaison provienne de plantations d'hévéa durablement gérées et certifiées FSC (Forest Stewardship CouncilTM). Cette alternative permettrait de réduire entre 70 et 80% des émissions de CO2.

D'autres marques utilisent du limestone (roche calcaire) comme Deeply ou Wildsuits mais sa transformation en néoprène est toujours responsable d'émission d'importantes quantités de CO2. Aussi, en 2019, la marque française Picture Organic Clothing a lancé une collection élaborée à partir d'eicoprène, une mousse composée à 70% de calcaire et 30% de pneus recyclés mais qui posent les mêmes soucis que le limestone. La marque Soöruz quant à elle commercialise une combinaison en Biöprene c'est-à-dire à base de poudre d'huîtres, de caoutchouc naturel, de canne à sucre et d'huiles non alimentaires.

En somme des alternatives moins polluantes existent, mais pour lesquelles il reste encore une marge de progression avant qu'elles soient réellement éco-responsables (et qui notons-le tout de même, restent davantage accessibles en terme de diversité de modèles proposés aux hommes qu'aux femmes).


Face au néoprène, une clé : la durabilité - L'exemple de Soöruz

Pour réduire l'impact environnemental des combinaisons en néoprène, la clé serait donc la durabilité. En fonction de l'état de la combinaison, la seconde main reste une bonne option avec des groupes Facebook tels que Vide Quiver ou des magasins d'achat-vente comme All Troc à Hossegor dans le Sud-Ouest. En faire don à une association ou des écoles de surf ou bien avoir recours à des entreprises spécialisées dans la réparation de combinaisons restent également une bonne alternative.

Lorsque l'état de la combinaison ne permet pas sa réutilisation, il reste l'option du recyclage. Dans le cadre de son programme de développement de projets OCEAN PROTECT, la marque française Soöruz a mis en place un projet de recyclage des combinaisons à grande échelle. La marque française a ainsi choisi d'avoir un regard sur l'ensemble de sa chaîne de production et de se responsabiliser en suivant les produits qu'elle commercialise jusqu'à leur fin de vie. Autrement dit, d'être attentive à "l'ensemble du cycle de vie complet des produits depuis le choix des usines, la labellisation des tissus, la réutilisation des chutes de production et la réutilisation de la matière des combinaisons usagées" explique Yann Dalibot, l'un des fondateurs et dirigeants de Soöruz . Ce projet de recyclage offre aux combinaisons récupérées une seconde vie, qu'importe la marque qui les a produites.

Pour l'année 2021, la marque s'est engagée à collecter 20 000 combinaisons en France, ce qui correspond à plus de 20 tonnes de néoprène. À terme, la marque espère revaloriser l'ensemble des combinaisons vendues. Pour Yann Dalibot,  "ce qui est clair pour nous, c'est que ce n'est qu'une étape. On ne dit pas qu'on a trouvé la solution et on continue de travailler pour progresser. Dans le futur, nous voulons vraiment pouvoir offrir des solutions encore plus éco-responsables."


Pour ce faire, la marque a mis en place des collecteurs (bacs en bois) pour permettre aux consommateurs de facilement déposer leur combinaison usagée, que ce soit devant des magasins ou dans des écoles de surf. Une fois récupérée, la combinaison est "triée : elle peut être soit réparée et donnée à une association, soit elle est broyée pour obtenir le granulat". "C'est à partir de ce granulat que nous avons cherché des débouchés pour revaloriser ce nouveau matériau, comme par exemple le rembourrage de coussins, de galettes de sièges ou d'équipements sportifs.

"On travaille aussi sur l'élaboration de nouvelles matières pour faire par exemple de l'isolation. On est aussi en train de l'associer avec du liège pour faire des briques, etc. Il y a encore pas mal de solutions à venir, c'est vraiment une matière très intéressante" témoigne Matthieu Barat, co-fondateur de la marque. Quant aux chutes de production, Soöruz les utilise dans la conception d'accessoires variés.


Yann Dalibot espère une coopération entre les marques pour que cette démarche aboutisse plus rapidement et plus efficacement : "On souhaite participer à une réflexion globale, on invite les autres marques qui sont intéressées à partager avec nous sur ces sujets-là. Aujourd'hui on broie toutes les marques de combinaisons. Je pense que c'est vraiment important qu'on partage et qu'on progresse tous ensemble".

"Ce qui est très clair pour nous, c'est que c'est une étape" ajoute t-il, "on ne prétend pas avoir la solution et on continue de travailler pour progresser. Dans le futur on souhaite vraiment proposer des solutions encore plus éco-responsables."

Fort heureusement, plusieurs autres initiatives (malgré leur plus petite échelle) se mettent également en place. C'est par exemple le cas de Néocombine qui transforme de vieilles combinaisons en accessoires de plage. Certains modèles sont aussi conçus en collaboration avec des ONG comme Coral Guardian ou Surfrider Foundation, et 50% des bénéfices sont ensuite reversés à l'association. Autre exemple, la marque de vêtement bretonne Téorum recycle quant à elle les combinaisons en les réincorporant dans des pulls. Il ne reste maintenant plus qu'à soutenir ces initiatives !

Article par Flora Etienne

Photo à la une : © Evan Dorian

> Retrouvez plus d'infos sur la démarche de Soöruz

>> Lire ou relire : 10 choses à savoir sur... le néoprène 

           
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