Environnement - Cop 26 : l'intervention prenante du représentant de Tuvalu

"Nous ne pouvons pas attendre de discours, quand la mer s'élève autour de nous en permanence".

- @oceansurfreport -

Ce mois-ci se déroule à Glasgow en Écosse, la 26ème édition de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP26. Lors de ce sommet, les diplomates et politiciens des pays membres de l'ONU se réunissent pour "définir de nouveaux engagements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et s'adapter aux impacts d'une planète qui se réchauffe". L'objectif premier est de faire face à l'urgence climatique. 

Comme à chaque édition, les débats vont bon train sur l'intérêt et surtout sur l'efficacité réelle de ces réunions. Cette année, l'abandon progressif des énergies fossiles est un sujet central. Et pourtant, l'ONG Global Witness révélait hier que le lobby des énergies fossiles est mieux représenté dans les couloirs de la conférence que les pays les plus directement touchés par les conséquences du réchauffement climatique, dont elles sont responsables.

D'après cette dernière, 500 lobbyistes des secteurs du pétrole et du charbon sont actuellement accrédités sur le site de la conférence. En comparaison, seuls 46 personnes sont accrédités pour la délégation venue d'Haiti, un pays pourtant directement touché par le réchauffement climatique.

Greta Thunberg, militante pour le climat

Lors d'une manifestation en marge de la COP26 à Glasgow, la jeune militante suédoise Greta Thunberg a été jusqu'à déclarer lors de son discours devant des milliers de personnes que "ce n'est pas un secret que la COP26 est un échec". Son discours s'accorde à celui d'autres activistes, selon qui ces COP sont de simple "festivals du greenwashing". Grosso modo où l'on ne fait que parler mais où rien ne se passe, malgré la réalité dramatique des chiffres sur le sujet. 

Dans le lot pourtant, certains cherchent bel et bien à faire la différence. C'est le cas de Simon Kofe, ministre des Affaires étrangères, de la Justice et de la Communication de Tuvalu. L'État et archipel polynésien, situé dans l'ouest de l'océan Pacifique Sud, est composé d'atolls dont le point culminant n'est qu'à cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. De ce fait, Tuvalu est plus que menacé par la hausse du niveau de la mer, et voué à disparaître si rien n'est fait pour y remédier. 

Les îles Tuvalu, au nord-ouest de la Polynésie Française.

Pour se faire entendre, le ministre n'a pas fait les 15 000 kilomètres qui le sépare de Glasgow. Il est resté à domicile, et a diffusé son discours pour la COP26 sur la page Facebook de son ministère. Les images de ce dernier ont été reprises partout dans le monde. Et pour cause, ce discours il l'a tenu les pieds dans l'eau. Une action de communication efficace, qui sert à la cause puisque son appel à l'action a été relayé en masse.


"À Tuvalu, nos îles sont sacrées pour nous" explique t-il. "Elles contiennent le mana de notre peuple, elles étaient la maison de nos ancêtres, elles sont la maison de notre peuple aujourd'hui, et nous voulons qu'elles restent la maison de notre peuple dans le futur." Au travers de cet homme, c'est un appel de huit îles et 12000 habitants à la communauté internationale. Ils demandent que le global net zero soit sécurisé pour 2050, et que la hausse de 1.5 degrés soit à portée.

Il s'agit là du premier objectif détaillé de cette COP26. En ce sens, les pays sont invités à proposer des objectifs ambitieux de réduction des émissions pour 2030, afin de parvenir à un niveau "net zéro" d'ici le milieu du siècle. Pour ce faire, les pays devront "accélérer l'abandon progressif du charbon", "réduire la déforestation", "accélérer le passage aux véhicules électriques" ou encore "encourager les investissements dans les énergies renouvelables". 

Simon Kofe, ministre des Affaires étrangères, de la Justice et de la Communication de Tuvalu

Ces objectifs en 2030 et 2050 semblent pourtant loin de la réalité des îles de Tuvalu. "Nous nous préparons aujourd'hui au pire des cas, où notre terrain disparait et où notre peuple doit partir" statue le ministre.

Dans son discours, Simon Kofe aborde des sujets lourds et pourtant bien réels pour cette nation dont les terres s'apprêtent à disparaître. Préservation des frontières maritimes même si les terres disparaissent sous l'effet du réchauffement climatique, plateformes aidant à la formation d'une nation digitale pour continuer à fonctionner en tant qu'Etat souverain, et ce malgré la perte de leurs terres et la relocalisation de leur communauté.

"Nous garderons espoir, et continuerons de promouvoir nos valeurs" ajoute t-il "nous avons tous une responsabilité à la COP26, d'adresser le changement climatique et nous assurer que la mobilité climatique, peu importe son échelle, soit orchestrée. Nous ne pouvons pas attendre de discours, quand la mer s'élève autour de nous en permanence. La mobilité climatique doit passer au premier plan. Nous devons choisir des alternatives osées aujourd'hui pour assurer un lendemain."


Pour rappel, le rapport du GIEC paru début août affirmait que le rythme de la montée des eaux avait triplé ces dix dernières années. L'estimation des scientifiques affiche à présent que la mer pourrait gagner jusqu'à 1 mètre d'ici 2100, et près de 2 mètres d'ici 2300. C'est deux fois plus que les estimations du précédent rapport de 2019.

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